Sur les forums d’entrepreneurs et les vidéos YouTube, on entend depuis des années qu’il suffit de créer une LLC américaine, une LLP britannique ou une LTD irlandaise pour échapper à l’impôt français. C’est faux — et l’illusion coûte souvent très cher quand l’administration française redresse rétroactivement.
Ce guide te dit clairement en 2026 ce qu’est chaque structure, pourquoi elle ne marche pas comme tu l’imagines, et dans quels rares cas elle peut être pertinente.
→ Voir aussi : LLC américaine à 0 % d’impôt : le mythe qui a coûté 118 400 €
LLC, LLP, LTD : les 3 structures expliquées
LLC (Limited Liability Company) — USA
Société à responsabilité limitée américaine, transparente fiscalement par défaut depuis 1997 (« check-the-box election »). Les bénéfices remontent au membre (associé) qui les déclare à son impôt fédéral US.
Points clés :
– Pas d’IS américain (sauf option pour traitement corporate)
– Bénéfices imposés au taux marginal du membre
– Pour un membre non-résident US sans activité US → potentiellement 0 % de federal income tax US
– Inscription dans des États comme Delaware, Wyoming, New Mexico pour zéro state tax
LLP (Limited Liability Partnership) — UK
Société de personnes britannique, toujours transparente fiscalement. Les bénéfices remontent aux partenaires qui les déclarent à leur fisc personnel (UK ou pays de résidence).
Points clés :
– Pas de corporation tax UK
– Pas de retenue à la source UK sur les profits distribués
– Idéal pour deux partenaires non-résidents UK
– Obligations comptables UK relativement légères
LTD (Private Limited Company) — UK ou Irlande
Société de capitaux, opaque fiscalement. Imposée à la corporation tax du pays.
Points clés :
– LTD UK : corporation tax 19-25 % selon bénéfice
– LTD Irlande : corporation tax 12,5 % (un des plus bas d’Europe)
– Dividendes distribués imposés ensuite chez l’associé
Le piège fondamental pour un résident fiscal français
Si tu es résident fiscal français (article 4B du CGI), tu es imposable sur tes revenus mondiaux. Que tu gagnes de l’argent via une LLC à Wyoming, une LLP à Londres ou une LTD à Dublin → tout est rapatrié fiscalement en France.
Pire encore : l’administration française applique des règles anti-évasion spécifiques qui rendent ces structures encore plus défavorables :
Article 209 B CGI (anti-paradis fiscal)
Si tu détiens ≥ 50 % d’une entité étrangère qui paie un impôt inférieur de 40 % à celui qu’elle paierait en France, les bénéfices de cette entité sont réintégrés à ton revenu personnel, même si tu ne te verses RIEN.
Conséquence pratique :
– LLC US à 0 % d’impôt → tu paies l’IR français + cotisations sur 100 % des bénéfices, même si tu ne les sors pas
– LTD Irlande à 12,5 % vs France 25 % IS → écart > 40 %, article 209 B s’applique
– LLP UK transparente → les bénéfices remontent → tu déclares à l’IR français
Article 155 A CGI (anti-évasion pour services)
Si une société étrangère facture des services qui sont en réalité exécutés par toi-même en France, l’administration peut requalifier : tu es imposé sur les revenus de cette société comme s’ils étaient les tiens.
Établissement stable (article 209-I CGI)
Si tu pilotes ta LLC/LLP/LTD depuis la France (visioconférences, signature de contrats, comptabilité), l’administration considère que tu as créé un établissement stable en France → la société paie l’IS français comme une société française.
→ Lire : Établissement stable et agent dépendant : les notions qui détruisent les montages LLC
Comparatif fiscal 2026 — résident français qui crée ces structures
| Structure | Taux effectif si bien géré | Risque administration française |
|---|---|---|
| LLC US 100 % offshore activity | 0 % côté US, 45–55 % effectif côté FR (209 B + cotisations) | 🔴 ÉLEVÉ |
| LLP UK transparente | Selon résidence partenaires → 30 %+ pour résident FR | 🟠 MOYEN-ÉLEVÉ |
| LTD UK opaque | 25 % UK + flat tax 30 % FR sur dividendes = 47,5 % cumulé | 🟡 MOYEN |
| LTD Irlande opaque | 12,5 % IE + flat tax 30 % FR = 39 % cumulé, mais 209 B FR potentiel | 🟠 MOYEN-ÉLEVÉ |
| LLC US avec membre non-résident FR | 0 % US, à imposition pays de résidence | 🟢 FAIBLE (si bien fait) |
Les 3 seuls cas où une LLC/LLP/LTD peut avoir du sens
1. Tu n’es PAS résident fiscal français (et tu l’as prouvé)
Si tu vis 200+ jours hors France, sans centre d’intérêts en France, et que tu as un tax residency certificate d’un autre pays → tu peux raisonnablement utiliser une LLC US (ou autre) sans déclencher les articles 209 B et 155 A français.
→ Lire : Article 4B CGI : les 4 critères de résidence fiscale française
2. Tu fais du e-commerce US avec stocks aux États-Unis
Une LLC US peut être pertinente pour vendre sur Amazon US, Shopify US, ou via fulfillment américain (FBA). L’activité a alors une substance économique réelle aux États-Unis : entrepôt, client US, expéditions depuis US.
Mais attention : si tu pilotes tout depuis la France et qu’il n’y a qu’un sub-treasury US, la requalification française est probable.
3. Tu structures un partenariat international réel
Une LLP UK ou une LTD Irlande peut être utile pour structurer un partenariat entre plusieurs entrepreneurs européens, avec siège, comptabilité et activité réellement basés au UK ou en Irlande. La condition : substance réelle (bureau, personnel, contrats locaux).
Les 6 pièges qui tuent les montages LLC/LLP/LTD
- Croire que « personne ne saura » → CARF, DAC8, échange automatique d’informations entre fiscs : la France a accès aux données bancaires US/UK/IE depuis 2014
- Penser que la LLC est « transparente côté France » → faux, l’administration française la traite comme une société OPAQUE par défaut (réintégration article 209 B)
- Confondre fiscalité fédérale US et fiscalité française → tu peux être à 0 % aux États-Unis ET payer 50 % en France simultanément
- Oublier les obligations déclaratives → formulaire 2746 (société étrangère), formulaire 3916-bis (compte bancaire étranger), risque CIF (déclaration omise = 1 500 €/compte/an de pénalité minimum)
- Mettre un prête-nom comme « directeur » → l’administration regarde qui contrôle réellement (beneficial owner), pas le nom sur le papier
- Croire que les banques européennes ouvrent un compte à une LLC US offshore → en pratique, sans substance US, beaucoup refusent depuis 2018 (compliance, KYC)
→ Lire : Formulaire 3916-bis : guide complet pour déclarer tes comptes étranger
Que faire à la place si tu es résident fiscal français ?
Option 1 — Société française optimisée
Une SAS à l’IS bien structurée + holding peut atteindre 22-28 % effectif, légalement, sans risque. Bien moins risqué qu’une LLC offshore mal montée.
Option 2 — Vraie expatriation
Si tu veux vraiment payer 0 ou 5 %, il faut vraiment partir : Andorre, Dubaï, Maurice, Portugal, Estonie. C’est la seule voie pérenne.
→ Top 10 pays pour s’expatrier fiscalement en 2026
Option 3 — Structures internationales avec substance
Si ton activité justifie une substance étrangère (équipe, bureau, clients locaux), une GBC Maurice à 3 %, une OÜ Estonie ou une FZ Dubaï peuvent fonctionner. Mais avec vraie substance.
→ Lire : Créer une société à Maurice sans s’y installer : les 3 options 100 % légales
Ce qu’il faut retenir
Une LLC américaine, LLP britannique ou LTD irlandaise n’est PAS un raccourci fiscal pour un résident français. C’est même souvent un piège qui se referme lors d’un contrôle fiscal (souvent 3 à 5 ans après les faits, avec pénalités et intérêts de retard).
Le vrai principe : on ne contourne pas la résidence fiscale française avec une simple inscription au Delaware. On change de résidence fiscale (vraie expatriation), ou on optimise sa structure française avec les outils légaux (IS, holding, mère-fille).
Tu envisages d’utiliser une LLC ou structure étrangère ?
On audite ton projet, on vérifie sa pertinence et sa légalité, et on te dit honnêtement si ça vaut le coup — ou si une SAS française optimisée serait plus efficace. Parlons de ton dossier →
Pour aller plus loin
Comprendre les risques :
– LLC américaine à 0 % d’impôt : le mythe qui a coûté 118 400 €
– Substance économique : les 5 règles pour ne pas être requalifié
– Substance à l’étranger : les 7 preuves DGFiP
Vraies alternatives légales :
– Société à Dubaï pour freelance français : avantages, coûts et pièges à éviter
– GBC Maurice : fiscalité à 3 % pour services internationaux
– Estonie e-Residency : ce que ça permet vraiment fiscalement
Sortir vraiment de France :
– Article 4B CGI : les 4 critères de résidence fiscale française
– Exit tax 2026 : qui est concerné
💡 À découvrir aussi : la Domestic Company mauricienne, souvent la meilleure structure quand on part à l’étranger
Beaucoup d’entrepreneurs français qui explorent l’expatriation fiscale se voient proposer une GBC mauricienne à 3 % d’impôt société comme « la structure Maurice ultime ». Chez Quarma, notre expérience montre pourtant que 90 % de nos dossiers passent par une Domestic Company mauricienne — 3 600 €/an de fonctionnement (formule tout-inclus Quarma) (vs 30 à 60 k€/an pour une GBC), IS 15 %, 0 % sur les plus-values mobilières et 0 % de retenue à la source sur les dividendes distribués.
Pour toi qui compares les destinations fiscales, cette structure change souvent le calcul : la Domestic Company mauricienne devient rentable dès 100-150 k€ de bénéfice imposable, quand une GBC classique n’est vraiment pertinente qu’à partir de 500 k€.
Si ta réflexion inclut Maurice, on peut auditer ton profil en 30 minutes et te dire lequel des deux montages est le bon.

