Quand un entrepreneur francophone décide de créer « offshore » une société à l’Île Maurice, il découvre rapidement qu’il doit choisir entre deux régimes : l’Authorized Company (anciennement GBC2) et la Global Business Company / GBC (anciennement GBC1). Sur le papier, les deux promettent une fiscalité douce. En pratique, elles ne servent pas les mêmes profils, et le mauvais choix peut coûter 10 000 à 30 000 € par an de frais inutiles ou pire la perte de l’accès à la convention fiscale France-Maurice.
Cet article décortique les deux régimes, leur fiscalité réelle, leurs obligations de substance, leur coût total annuel, et la matrice de décision selon ton activité.
PS : Nous utilisons pour nos clients dans 90% des cas la DOMESTIC Company (un article entier lui est dédié 😉
Le contexte : pourquoi deux régimes coexistent
Maurice a refondé son cadre Global Business en 2019 sous la pression de l’OCDE (BEPS) et de l’Union européenne. L’ancien GBC2 (zéro impôt, zéro substance) est devenu l’Authorized Company, et l’ancien GBC1 est devenu la GBC avec un nouveau régime fiscal (15 % d’IS avec un système de « partial exemption » qui ramène le taux effectif à 3 % pour certaines activités).
Les deux régimes sont opposables et légaux. Mais ils visent des cas d’usage opposés.
Authorized Company : la structure offshore « pure »
Ce qu’elle est
L’Authorized Company est une société constituée à Maurice mais qui n’est pas considérée comme résidente fiscale mauricienne. Sa direction effective et la majorité de ses activités doivent être hors de Maurice.
Conséquence : elle n’est imposée à aucun impôt sur les sociétés mauricien. Elle n’a pas accès au réseau des conventions fiscales de Maurice (et notamment pas à la convention France-Maurice).
Fiscalité
- Impôt sur les sociétés Maurice : 0 %
- Retenue à la source sur dividendes versés : 0 %
- Conventions fiscales applicables : aucune
- Obligation de déposer des comptes audités : non (déclaration financière simplifiée annuelle)
Obligations
- Registered Agent local obligatoire (FSC-licensed)
- Registered office à Maurice
- Pas d’obligation d’administrateur résident
- Déclaration annuelle des revenus à la Mauritius Revenue Authority (MRA) à titre informatif
- Activités hors Maurice uniquement
Coût indicatif
Setup : 2 500 – 4 500 € | Annuel récurrent : 2 500 – 4 000 € (registered agent + office + filing)
GBC (Global Business Company) : la structure conventionnée
Ce qu’elle est
La GBC est une société résidente fiscale mauricienne qui peut accéder au réseau de conventions fiscales de Maurice (43 conventions actives, dont la convention France-Maurice signée en 1980 et modifiée en 2011).
C’est ce qui change tout pour un entrepreneur francophone : la GBC permet d’utiliser la convention France-Maurice pour réduire les retenues à la source sur dividendes, intérêts, royalties versés depuis ou vers la France.
Fiscalité
- Impôt sur les sociétés Maurice : 15 % nominal
- Partial Exemption Regime (PER) : exonération de 80 % de l’IS pour certaines activités qualifiantes (revenus financiers étrangers, royalties, gestion de fonds, etc.) → taux effectif 3 %
- Pas de retenue à la source sur dividendes versés depuis Maurice
- Pas d’impôt sur les plus-values de cession
- Accès aux conventions fiscales (notamment France-Maurice)
Obligations de substance
La GBC est sous le régime de « core income generating activities » (CIGA) imposé par l’OCDE. Concrètement :
- Au minimum 2 administrateurs résidents mauriciens
- Tenue de la comptabilité à Maurice
- Compte bancaire principal à Maurice
- Réunions du board tenues à Maurice (avec quorum d’administrateurs résidents)
- Au moins un Management Company FSC-licensed (administrative agent)
- Comptes annuels audités obligatoires
- Effectifs et dépenses opérationnelles « adéquats » pour l’activité
→ Lire : Substance mauricienne, ce que la FSC exige vraiment
Coût indicatif
Setup : 6 000 – 12 000 € | Annuel récurrent : 8 000 – 18 000 € (administrateurs résidents + management company + audit + comptabilité)
Comparatif synthétique
| Critère | Authorized Company | GBC |
|---|---|---|
| Taux d’IS effectif | 0 % | 3 % (PER) ou 15 % |
| Accès conventions fiscales | ❌ Non | ✅ Oui (43 conventions) |
| Convention France-Maurice | ❌ Non | ✅ Oui |
| Substance requise | Minimale | Élevée (CIGA) |
| Administrateurs résidents | 0 | 2 minimum |
| Audit annuel | Non | Oui |
| Activité à Maurice autorisée | ❌ Non (offshore only) | ✅ Oui |
| Setup | 2 500 – 4 500 € | 6 000 – 12 000 € |
| Coût annuel | 2 500 – 4 000 € | 8 000 – 18 000 € |
Matrice de décision selon ton profil
Tu es un freelance ou un consultant qui facture des clients hors France et hors Maurice
Authorized Company dans 9 cas sur 10. Pas de besoin de convention, structure légère, coût minimal. À condition que tu aies effectivement quitté la France fiscalement et que tu n’opères pas depuis la France.
Tu détiens des participations dans des sociétés françaises et tu veux optimiser les flux de dividendes
GBC obligatoire. Sans la convention France-Maurice, tu prends 25 à 30 % de retenue à la source sur les dividendes français au lieu de 5 à 15 % avec convention. Le surcoût annuel de la GBC est largement amorti dès 60 000 € de dividendes.
Tu fais de la holding internationale (participations dans des sociétés de plusieurs pays)
GBC. L’accès au réseau de conventions est l’argument central. Le partial exemption regime ramène l’IS effectif à 3 % sur les revenus financiers étrangers qualifiants.
Tu as une activité opérationnelle à Maurice (clients mauriciens, employés, bureau effectif)
GBC ou Domestic Company selon le mix d’activité local/offshore. L’Authorized est exclue par définition (elle interdit l’activité locale).
→ Lire : Domestic Company à Maurice, le seul cas où c’est pertinent
Tu veux la structure la plus simple et la moins chère, sans optimisation poussée
Authorized Company. Mais attention : si plus tard tu as besoin d’accéder à la convention France-Maurice, tu ne peux pas convertir une Authorized en GBC : il faudra créer une nouvelle entité.
3 erreurs fréquentes des entrepreneurs francophones
Erreur 1 — Choisir l’Authorized par « économie » alors qu’on a besoin de la convention. Économiser 10 000 €/an de coût de structure pour perdre 60 000 €/an de retenues à la source non optimisées, c’est un mauvais calcul.
Erreur 2 — Croire que la GBC offre 0 % d’impôt. Le taux de base est 15 %. Le 3 % effectif n’existe que sous régime PER, qui ne s’applique qu’à des catégories de revenus listées par la loi mauricienne. Sur d’autres revenus, c’est bien 15 %.
Erreur 3 — Sous-estimer la substance GBC. La FSC fait des contrôles sur place depuis 2019. Une GBC sans administrateurs résidents actifs, sans réunion board réelle à Maurice, sans flux bancaires locaux → suspension de la licence et requalification en Authorized (ou pire).
Ce qu’il faut retenir
Le choix Authorized vs GBC est un choix de cas d’usage, pas de prix. L’Authorized est une structure offshore pure, légère et économique, sans accès aux conventions. La GBC est une structure conventionnée, plus lourde et plus chère, mais qui débloque toute la mécanique fiscale internationale (notamment France-Maurice).
La règle simple : besoin de convention fiscale → GBC. Activité 100 % offshore sans flux conventionnel → Authorized. Tout le reste est de l’ingénierie au cas par cas.
Pas sûr du bon choix pour ta situation ?
On audite ton activité, tes flux et tes objectifs pour déterminer la bonne structure mauricienne.
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