Le transfer pricing (prix de transfert) est traité dans la doctrine fiscale comme un sujet de grand groupe : Pilier 2 OCDE, country-by-country reporting, équipes dédiées chez les CFO. Résultat, les entrepreneurs de PME et structures internationales pensent que ça ne les concerne pas. Erreur. Le transfer pricing s’applique à toute société qui fait des flux financiers avec une société liée à l’étranger — y compris une SASU française qui paie 30 000 €/an de management fees à une GBC mauricienne.
Cet article te dit à partir de quand le transfer pricing devient un sujet pour toi, quels seuils déclenchent quelles obligations, comment documenter au minimum, et quels sont les risques concrets en 2026.
Le principe : prix de pleine concurrence (arm’s length)
Le transfer pricing est régi en France par l’article 57 du Code général des impôts, qui pose un principe simple : les prix pratiqués entre sociétés liées (intra-groupe) doivent correspondre à ceux qui auraient été conclus entre sociétés indépendantes dans des conditions normales de marché.
Exemple opérationnel : ta société française paie 10 000 €/mois à ta société mauricienne pour des « services de management ». L’administration française regarde :
- Le service est-il réellement rendu ?
- Le prix correspond-il à ce qu’aurait facturé un tiers indépendant ?
- La documentation permet-elle de le prouver ?
Si non aux trois → redressement potentiel.
→ Lire : Management fees intra-groupe, légal vs abus
Qui est concerné ? Les seuils légaux français
Documentation simplifiée (article 223 quinquies B CGI)
Obligation pour les sociétés dont le chiffre d’affaires annuel est supérieur à 50 millions d’euros. Hors champ pour 99 % des PME et entrepreneurs.
Documentation complète (article L13 AA du LPF)
Master file + local file obligatoires si :
- CA annuel ou actif brut > 400 M€, ou
- Détention d’au moins 50 % du capital d’une entité dépassant ce seuil
Country-by-Country Reporting (CbCR)
Groupes dont le CA consolidé > 750 M€. Hors champ pour la quasi-totalité des entrepreneurs francophones.
Conclusion sur les seuils
Pour une PME francophone « type » (1 à 10 M€ de CA), aucune obligation formelle de documentation transfer pricing. Mais — et c’est le piège — le principe de l’article 57 s’applique quand même, sans seuil. Donc :
- Pas d’obligation de produire un « master file » formel
- Mais en cas de contrôle, l’administration peut demander des justifications sur les prix pratiqués
- Et sans documentation, c’est au contribuable de prouver que les prix sont conformes au marché
Quand le transfer pricing devient critique pour une PME
Les 5 situations qui mettent une PME dans le viseur :
1. Tu paies des management fees à une société étrangère liée
Le cas le plus fréquent. SASU française paie holding GBC mauricienne, société Dubaï paie filiale France, etc. À partir de quelques milliers d’euros mensuels, l’administration regarde si la prestation est réelle, le prix raisonnable, la documentation présente.
2. Tu refactures des coûts intra-groupe
« Frais de siège », « frais de structure », « coûts informatiques partagés ». Tout flux récurrent intra-groupe est un sujet transfer pricing. Doit être documenté avec méthode de répartition cohérente (clé de partage).
3. Tu paies ou perçois des royalties / redevances intra-groupe
Marque, brevets, savoir-faire facturés entre tes entités. Sensible parce que c’est le levier classique de transfert de marge — la DGFiP regarde de près.
4. Tu factures des prestations IT, conseil, marketing intra-groupe
Très utilisé pour les groupes en SaaS, agences, e-commerce. La frontière entre prestation réelle et transfert de marge masqué est ténue.
5. Tu prêtes / empruntes intra-groupe
Tout prêt intra-groupe doit porter intérêt au taux de marché (sauf cas spécifiques d’apports / comptes courants régularisés). Article 39-1-3° et 212 CGI.
Les méthodes acceptées de fixation des prix
L’OCDE et l’administration française reconnaissent 5 méthodes principales pour justifier un prix de pleine concurrence :
| Méthode | Description | Cas d’usage typique PME |
|---|---|---|
| Prix comparable sur marché libre (CUP) | Comparer le prix avec ce que pratiquent des tiers indépendants pour le même service | Royalties, intérêts d’emprunt |
| Prix de revente (Resale price) | Prix de revente − marge brute du distributeur indépendant | Distribution intra-groupe |
| Coût majoré (Cost-plus) | Coût réel + marge raisonnable (5–10 % en services) | Management fees, services partagés (TPP préférée des PME) |
| Marge nette transactionnelle (TNMM) | Comparaison de marges nettes opérationnelles avec des comparables | Activités complexes type SaaS |
| Partage des bénéfices (Profit split) | Répartition du profit selon contributions de chaque entité | Activités hautement intégrées |
Pour la majorité des PME francophones, la méthode cost-plus est la plus simple à mettre en œuvre et à défendre.
Documentation minimale recommandée (même hors obligation formelle)
Voici le pack documentaire qu’il faut tenir à jour, indépendamment des seuils légaux :
- Contrat de prestation de service intra-groupe écrit, daté, signé entre les entités
- Description du service rendu : scope, livrables, fréquence
- Méthode de calcul du prix documentée (cost-plus avec coûts détaillés, comparables, etc.)
- Justificatifs des prestations effectivement rendues : rapports, échanges, livrables datés
- Justification du caractère raisonnable du prix : analyse de comparabilité, fourchette de marché
- Comptabilité claire reflétant les flux dans les deux entités
Coût indicatif de mise en place : 1 500 à 5 000 € pour une structure simple (2-3 entités), à faire une fois et à mettre à jour annuellement.
Les risques concrets en cas d’absence de documentation
Risque 1 — Redressement sur la base d’un prix administratif
Si l’administration estime que le prix payé est excessif, elle peut redresser sur la différence entre prix payé et prix de marché estimé. Le complément d’IS s’applique sur la fraction redressée.
Risque 2 — Pénalités
40 % en cas de manquement délibéré, 80 % en cas de manœuvres frauduleuses. Sur une base redressée de 100 000 €, c’est 25 000 € d’IS + 10 000 € à 20 000 € de pénalités.
Risque 3 — Charge non déductible
Si le service est jugé fictif (article 39-1 CGI) ou si la fraction excessive est requalifiée en distribution déguisée de bénéfices (article 109 CGI), la charge devient non déductible et assimilée à des dividendes occultes (retenue à la source 30 %).
Risque 4 — Abus de droit (article L64 LPF)
Si le montage a un but principalement ou exclusivement fiscal, la procédure d’abus de droit peut être invoquée. Pénalité 40 % (but principal) ou 80 % (but exclusif) en plus du redressement.
Les 4 bonnes pratiques pour PME internationales
- Contractualiser chaque flux intra-groupe dès la mise en place, pas après le contrôle
- Documenter en continu les prestations effectivement rendues (mails, rapports, livrables)
- Choisir une méthode simple (cost-plus 5-10 %) et s’y tenir année après année
- Faire valider une fois par an par un conseil fiscal — coût modeste, sécurité grande
Ce qu’il faut retenir
Le transfer pricing ne concerne pas que les CAC 40. Toute structure internationale avec des flux intra-groupe est concernée — sans obligation formelle de documentation pour la plupart, mais avec le principe de l’article 57 CGI applicable.
La règle simple : si tu ne peux pas expliquer, en 30 minutes, pourquoi tu paies ce que tu paies entre tes entités, tu n’es pas documenté. Et sans documentation, en cas de contrôle, l’administration aura la main pour fixer son propre prix de marché.
Tu as une structure internationale et tu veux sécuriser ton transfer pricing ?
On audite tes flux intra-groupe, on définit la méthode appropriée et on construit le pack documentaire.
Pour aller plus loin dans le cluster compliance
Pour les flux intra-groupe et dividendes
- Management fees intra-groupe : légal vs abus
- Salaire vs dividende vs management fee
- Withholding tax pays par pays
📞 Tu veux concrétiser ta stratégie fiscale ?
On audite ta situation personnelle, on identifie tes vraies options pour réduire tes impôts légalement, et on cale ta feuille de route (expatriation, structure internationale, optimisation française).
✓ Appel découverte · ✓ 30 minutes · ✓ Sans engagement
💡 L’alternative qu’on utilise pour 90 % de nos clients : la Domestic Company mauricienne
La GBC (Global Business Company) est régulièrement présentée comme la seule option pour créer sa société à Maurice. Ce n’est pas vrai. Chez Quarma, 90 % des dossiers que nous accompagnons passent par une Domestic Company — une structure beaucoup plus légère, radicalement moins chère, et souvent tout aussi efficace fiscalement pour un résident mauricien.
Ce que dit vraiment la Domestic Company en 2026
- IS société : 15 % sur les bénéfices (vs 3 % en GBC — mais lire la suite)
- Plus-values mobilières (actions, ETF, crypto, obligations) : 0 %
- Plus-values de cession de titres/société : 0 %
- Dividendes distribués aux associés : 0 % de retenue à la source
- Coût annuel de fonctionnement : environ 4 000 €/an (vs 30 à 60 k€/an pour une GBC « propre »)
- Substance : très légère (aucune licence FSC, aucun employé local obligatoire, aucun bureau physique requis)
- Résidence fiscale mauricienne : oui, la Domestic Company est résidente à Maurice → convention France-Maurice pleinement applicable
- Tax sparing 5 % et article 13 plus-values : oui, applicables (comme pour une GBC)
Pourquoi la Domestic Company bat la GBC dans 9 dossiers sur 10
Le calcul est simple : la GBC « propre » coûte 30 à 60 000 €/an de substance obligatoire (bureau, employé local, Management Company, licence FSC, audit IFRS…). L’économie fiscale du 3 % au lieu du 15 % ne devient rentable qu’à partir de 500 000 € de bénéfice imposable.
Concrètement, sur un bénéfice de 200 000 € (cas typique de nos clients) :
- GBC : 6 000 € d’IS (3 %) + 45 000 € de substance obligatoire = 51 000 €/an
- Domestic Company : 30 000 € d’IS (15 %) + 3 600 € de fonctionnement (formule tout-inclus Quarma) = 34 000 €/an
- Économie Domestic vs GBC : 17 400 €/an
Et surtout : 0 % sur les plus-values mobilières — que ce soient tes actions, tes ETF, tes cryptomonnaies ou tes obligations. Combiné avec les 0 % de retenue à la source sur les dividendes que tu te verses, la Domestic Company devient un véhicule patrimonial d’une redoutable efficacité.
Le seul point où la GBC reste supérieure
La GBC devient objectivement plus intéressante uniquement dans deux cas de figure :
- Ton bénéfice imposable dépasse durablement 500 k€/an et tu peux amortir la substance
- Tu as besoin explicitement du statut de « société internationale régulée » (fonds d’investissement, activités financières, licence bancaire, gestion d’actifs pour tiers, e-commerce à substance étrangère très forte)
Dans 90 % des autres cas — entrepreneurs digitaux, consultants, coaches, freelances, e-commerçants, holdings patrimoniales, investisseurs boursiers ou crypto, familles avec patrimoine à transmettre — la Domestic Company est le vrai bon choix, plus simple, plus souple, radicalement moins cher, et parfaitement conforme aux règles OCDE dès lors que tu es résident fiscal mauricien.
Pourquoi peu de cabinets en parlent
La GBC nécessite obligatoirement une Management Company agréée FSC qui facture 5 000 à 10 000 USD/an de frais récurrents. Beaucoup de « cabinets d’expatriation » sont eux-mêmes des Management Companies (ou en dépendent commercialement). Nous voyons chaque mois des dossiers de clients dirigés vers une GBC alors qu’une simple Domestic Company aurait divisé leur coût annuel par 10.
Chez Quarma, nous ne dépendons d’aucune MC externe. Notre équipe locale Maurice construit la structure qui est la meilleure pour toi, pas celle qui rapporte le plus à un prestataire externe.
Comment on décide entre les deux
Notre audit initial calcule pour chaque profil :
- Le bénéfice imposable projeté à 3 ans
- Le mix opérationnel (activité, clients, marchés)
- La stratégie patrimoniale (dividendes, plus-values, transmission)
- La comparaison chiffrée GBC vs Domestic Company sur 5 ans
Dans 9 dossiers sur 10, le calcul penche fortement vers la Domestic Company. C’est notre positionnement — et c’est pour ça que nos clients économisent en moyenne 15 à 25 k€/an de plus que ceux qui sont passés par un montage GBC standard.
Si tu envisages une société à Maurice, on regarde ta situation en 30 minutes et on te dit laquelle des deux structures est la vraie bonne pour toi.